L’insurgé moderne (dit « innovant »): vers une guerre de réseaux. Première partie: La nouvelle doctrine du Faible face au Fort

L’entrée du monde dans la « G4G » (Guerre de quatrième génération) bouscule notre façon de penser la guerre. En effet, la guerre d’aujourd’hui, opposant toujours le Fort au Faible, repose sur le « contournement dans la durée de la puissance de l’adversaire » (Nous quittons le concept de guerre dissymétrique pour des guerres asymétriques). Le Faible étant conscient de son incapacité à mener une guerre rangée dans le temps, il utilise tous les moyens offerts par la technologie et le progrès technique (notamment dans le domaine de l’informatique et des communications) pour nuire au Fort. Il ne cherche pas à obtenir de réelles victoires tactiques, mais vise l’impact stratégique par la terreur, la désinformation, la médiatisation de leurs actes et son influence sur l’opinion publique.

L’objectif à long terme du Faible est le retrait du Fort, qui juge la prolongation du conflit irréalisable ou trop coûteuse. « Le recours à la force ne vise plus à détruire un ennemi mais à le convaincre de l’inutilité de poursuivre le combat ». Pourquoi tuer si l’on peut lasser, faire céder et renoncer? La citation de Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange dans leur ouvrage « Les guerres bâtardes« : « l’objectif du terrorisme est moins de tuer ses victimes que de terroriser les survivants » illustre parfaitement cette idée.

C’est dans une dimension médiatique et symbolique que s’inscrit la « G4G » et le rôle qu’y jouent les médias est de nos jours indispensable au Faible.  » Peu importe la réalité du rapport de force et la situation concrète sur le terrain. Seule compte la perception du déroulement de la crise par les opinions publiques […] et leurs décideurs ».                                                                                                                          Le combat médiatique est désormais aussi capital que le combat sur le terrain, et parfois même plus important.  » le Fort […] peut ne jamais gagner si le Faible refuse sa défaite »: un simple coup médiatique prouvant que la lutte continue suffit souvent au Faible pour replacer son combat au centre de l’attention des médias internationaux.  Ainsi, le Faible ne livre pas bataille pour « gagner » mais pour se faire entendre, forcer le Fort à prendre de nouvelles décisions coûteuses, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars, quand l’attentat du Faible ne coûte que quelques milliers tout au plus. « Dimension psychologique et perception médiatique peuvent donc annuler tout ou partie de la réalité militaire objective et faire basculer le conflit dans une dimension virtuelle ».

Le Faible se satisfait de l’aspect symbolique de son combat et « n’a qu’un impératif: survivre médiatiquement et refuser l’idée d’avoir été vaincu ». Sa victoire consiste à un non-retour à la normalité, censée être rétablie ( selon un continuum Intervention-> Stabilisation-> Normalisation) par le Fort, qui perd alors de l’argent, des hommes et sa crédibilité. C’est selon ce principe, qui est à la base de sa stratégie, que le Faible attire le Fort dans un conflit où « la défaite est impossible, mais [où] la victoire est improbable ».

Sources:

-« Les guerres bâtardes »
-« Tactique générale »

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