La guerre du Péloponnèse: L’expédition de Sicile


Pourquoi l’expédition de Sicile?
Un visiteur m’a fortement conseillé de traiter de cette expédition d’Athènes contre Syracuse et contre la Sicile dans son ensemble. En effet durant cette campagne se sont déroulées des batailles navales et terrestres, ce qui lui donne un intérêt particulier. Son aspect amphibien, avec des débarquements massifs de troupes sur l’île, la rend encore plus attractive. En me focalisant sur ces évènement, je passe à côté d’une foule de batailles, ce qui décevra certainement quelques passionnés de la Grèce antique, mais encore une fois je préfère m’attarder sur l’aspect tactique, plutôt que sur la guerre et l’histoire dans son ensemble.        

Les faits:        

Au départ cette campagne était une réponse à l’aide demandée par la ville de Ségeste (Ouest de la Sicile), contre Sélinonte (Sud de la Sicile). Avant d’aller plus loin, il est important de rappeler qu’Athènes avait subi une épidémie de peste, déclenchée par une surpopulation et une hygiène déplorable, et qui avait eu raison d’un tiers de sa population, dont leur guide et grand stratège: Periclès. Cette perte laisse la cité sans stratège d’expérience capable de mener cette guerre dans les intérêts d’Athènes. C’est donc Alcibiade, un jeune commandant, qui fera tout pour convaincre les Athéniens de partir en campagne en Sicile. Il les séduira grâce à la grande richesse que symbolisait Syracuse et la catastrophe que sa conquête représenterait pour Sparte: la perte d’un grand fournisseur en grain, et un contrôle quasi total de la mer par Athènes.         

  C’est donc en 415 avJ.-C. que l’expédition prend la mer, avec une flotte de 134 navires (en plus les 130 navires de ravitaillement) transportant 27 000 hommes, dont plus de 5 000 hoplites (2 200 Athéniens), et sous le commandement d’Alcibiade,  Lamachos et Nicias (lui était contre cette expédition).  Malgré le peu d’importance que les grecs accordaient aux troupes auxiliaires, 480 archers, 700 frondeurs, 120 autres troupes légères, et 30 cavaliers furent embarqués. Ce n’est donc pas une flotte de soutien qui quitte la Grèce, mais une véritable force d’invasion.        

Expédition de Sicile

Expédition de Sicile

  

  Un évènement majeur de cette campagne et le scandale qui avait discrédité Alcibiade à Athènes. Il aurait été impliqué dans une affaire de sacrilège, et devait être rapatrié dans la cité pour être jugé. Il s’exila, et rejoindra plus tard les forces de Sparte, les préviendra de l’attaque et les guidera contre Nicias et Lamachos.           

Le corps expéditionnaire était divisé en trois parties, une pour chaque commandant. Trois navires avaient été envoyés en éclaireur, pour obtenir du soutien dans l’ouest de la Sicile. Lorsqu’ils revinrent, les éclaireurs apprirent aux généraux que Ségeste n’avait pas l’or promis, et nécessaire à la campagne. La tête de pont Athénienne est installée à Catane. C’est à ce moment qu’Alcibiade est arrêté, et qu’il prend la fuite vers Sparte. L’armée est redivisée en deux parties, et les généraux décident de ne pas lancer de bataille décisive tout de suite, car l’hiver est proche. Ils organisent tout de même un assaut pour tester l’armée de Syracuse. Les deux armées comptaient sensiblement le même nombre d’hommes, mais Syracuse possédait 1 200 cavaliers. Les rangs de Nicias et Lamachos étaient organisés comme ceci:
-Les Athéniens, formant la plus grande partie des troupes, étaient au centre.
-Le flanc droit était occupé par les Argiens et les Mantinéens
-Le flanc gauche était composé du reste des alliés d’Athènes.
Les défenseurs étaient composés des troupes de Syracuse et de Selinonte, ainsi que leur puissante cavalerie. Les deux généraux athnéniens lancèrent l’assaut contre les rangs ennemis, et rencontrèrent une plus forte résistance que prévu. Les troupes d’Argos  pénétrèrent l’aile gauche du dispositif ennemi, et ce dernier pris la fuite. La cavalerie syracusienne empêcha cependant aux attaquants d’exploiter cette victoire. Cette première escarmouche fit 260 morts dans les rangs de Syracuse, pour moins d’une cinquantaine d’Athéniens. Les attaquants se retranchèrent à Catane pour l’hiver.           

Hermocrate, un stratège de Syracuse, suggéra de réorganiser l’armée, et notamment de réduire le nombre de commandants; sur les quinze chefs de guerre, trois furent élus pour la défense de la ville: Héraclide, Sicanus et lui-même. Il envoya quérir de l’aide à Sparte et Corynthe. Athènes envoya aussi des renforts à ses troupes, à savoir 5 000 nouveux hoplites, 250 cavaliers, des troupes légères et 73 navires de guerres. De l’argent envoyé permettra de payer 400 cavaliers siciliens.Une alliance fut conclue entre Syracuse et Camarina, une cité du sud de l’île.
C’est aussi le moment idéal pour ériger des murs et des forteresses, et les deux protagonistes ne s’en priveront pas. Les murs athéniens, avec le blocus maritime, empêchent Syracuse de rejoindre ses alliés du sud, la cité étant située sur une presqu’île. La forteresse athénienne qui devait former la jonction entre les deux murs enfermant syracuse était réputée pour sa forme circulaire. Syracuse a tout tenté pour empêcher sa construction, mais une escarmouche entre les cavaleries ennemies donneront raison aux Athéniens.           

Le siège de Syracuse

Le siège de Syracuse

  

 Sur cette carte on voit deux positions possibles d’une ville nommée Trogilos. Si on ne sait pas réellement où se trouvait cette ville, c’est qu’il n’en reste plus aucun vestige depuis des siècles. Cette ville de Trogilos devait être l’extrémité nord du mur athénien sensé enfermer Syracuse. Mais cette dernière ne s’est pas laissé faire, elle a érigé tout un système de murs juste au nord, et un contre-mur barant la route de Trogilos. Une flotte de Corynthe arrive dans les mêmes délais.       

Les renforts que Hermocrate espérait arrivent à Himera, au nord de la Sicile, sous le commandement de Gylippe. C’est d’ailleurs grâce à ses hommes que le contre-mur pourra être achevé. Nicias, frustré par une guerre qui ne balance pas en sa faveur, demande à Athènes de choisir entre rappeler les troupes ou envoyer des renforts. Espérant être rappelé, il est déçu lorsque la cité lui envoie des troupes, sous le commandement de Démosthène et Eurymédon. Ce dernier arrive en premier avec 10 navires, et Démosthène arrive plus tard avec 63 navires et encore 5 000 hoplites, avec lesquels il va tenter une attaque de nuit, qui passera le mur syracusien, mais qui sera tout de même repoussée par les renforts spartiates. Ce fut l’une des dernières tentatives  de pénétration dans la ville, car après l’arrivée massive d’autres renforts spartiates, Nicias décida qu’il était temps d’abandonner l’île et de rentrer. Cette décision à été influencée par la trahison d’Alcibiade, qui avait conseillé aux Spartiates d’envahir la Décélie, car Athènes ne s’en remettrait pas. Sparte suivit ce conseil, et Athènes se retrouva dans une situation de crise, qui précipitera sa défaite.

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La guerre du Péloponnèse: contexte et résumé


 

Bref résumé du contexte politique et militaire:         

Carte du Péloponnèse

Carte du Péloponnèse

  

Il est tout d’abord nécessaire de savoir que cette guerre opposa les cités d’Athènes, visible au nord-est de la carte, et Sparte, au sud du Péloponnèse. Tout oppose Athènes et Sparte, la première étant une démocratie et une puissance marchande, dotée d’une incroyable flotte de guerre;  la seconde étant une oligarchie, avec un nombre limité de citoyens qui vivaient au crochet de leurs Hilotes, des populations asservies par les Spartiates et dont ils étaient totalement dépendants. Sparte était réputée pour l’efficacité de ses fantassins.        

Ces cités se harcèlent l’une et l’autre durant la première moitié du Vème siècle av. J.-C., et décident en 446 av. J.-C. de conclure une paix de 30 ans. Cette paix sera brisée 15 ans plus tard, en 441 av. J.-C., avec l’éclatement de la guerre du Péloponnèse. Cette guerre est provoquée lors du soulèvement de Corcyre, une cité sous la tutelle de Corynthe, qui est soutenue par Athènes. Ce renversement empêche Mégare de commercer (à l’ouest de l’Attica sur la carte). C’est ainsi que Corynthe et Mégare demandèrent de l’aide à Sparte, qui se laissa convaincre et entra en guerre contre Athènes.        

Sparte et ses alliés étaient incontestablement plus puissants d’Athènes, les chiffres parlent d’eux mêmes: 40 000 hoplites pour Sparte et environ 13 000  du côté d’Athènes. La cité démocrate allait devoir se distinguer sur les mers, grâce a sa puissante flotte, avantage majeur qu’elle avait sur Sparte.       

L’organisation des troupes:        

Il faut savoir que les guerres qui opposaient les grecs suivaient des règles et des tactiques qui, de nos jours, peuvent paraître étranges et inefficaces. Les combats ne se déroulaient que sur de vastes plaines, tout simplement parce que le soldat type de l’époque est l’hoplite. Ces hoplites sont lourdement armés, et il est impossible de les manoeuvrer en terrain accidenté. C’est donc sur les plaines entourant les cités que combattaient les grecs. Les combats se voulaient décisifs et uniques, car la plupart des soldats étaient paysans, et devaient retrouver leurs terres lors des récoltes. Les armées se déplaçaient entre cités par de petits chemins de terre, ceux qu’empruntaient les bergers avec leurs troupeaux.  On voyait donc défiler des milliers d’hommes sans pour autant chercher à exploiter cette faiblesse passagère, en déployant des contingents de fantassins légers pour harceler les hoplites désavantagés par le terrain accidenté. Cette attitude est explicable par le fait que les cités grecques considéraient les armées professionnelles comme un danger pour elles-mêmes. En effet les hoplites étaient tous des citoyens qui possédaient leur propre matériel de guerre, une armée professionnelle signifierait des troupes entraînées, encadrées par des officiers compétents et surtout équipées en armes par la cité. Qui dit stock d’armes dit danger pour la cité. Du moins, c’était à l’époque le point de vue des grecs.
        

La phalange grecque

La phalange grecque

  

Les hoplites étaient organisés en phalanges, des formations compactes de huit ou douze rangs de profondeur et plus ou moins douze de largeur suivant les époques. Les hoplites étaient équipés d’une lance tenue en main droite pouvant mesurer jusqu’à six mètres de long. Durant la guerre du Péloponnèse, ces lances mesuraient le plus souvent quatre mètres, et se tenaient au dessus de la tête, pour attaquer de haut en bas lors du choc, mais de futures modifications seront apportées et les lances, devenues trop lourdes, se porteront sous le bras. Au bras gauche, ces soldats portaient un bouclier rond qui couvrait son flanc gauche et le flanc droit de son voisin. C’est pour cela d’ailleurs que les phalanges avaient tendance à se décaler légèrement sur leur droite pendant la marche, chaque hoplite cherchant à se couvrir sous le bouclier de son voisin. Les trois rangs composés des vétérans et des soldats d’élite était situés aux deux premiers rangs, pour encourager les novices au combat, et au dernier, pour les empêcher de fuir.      

Les troupes légères étaient considérées comme inférieures et n’ayant pas la noblesse des hoplites, elles étaient souvent composées des esclaves personnels des soldats. Ces voltigeurs pratiquaient une méthode de harcèlement par armes de jet sur les flancs ennemis.