La bataille d’Austerlitz


 

 

La bataille d’Austerlitz, ou bataille « des Trois empereurs », est l’une des plus grandes et des plus fameuses victoires napoléoniennes. Elle marque les esprits depuis plus de 200 ans, et nous allons tenter de redécouvrir pourquoi.

Résumé du contexte:

L’Angleterre craignait un débarquement sur ces côtes depuis Boulogne, où Napoléon avait massé ses troupes. Elle forma donc une nouvelle coalition (la troisième) pour déjouer les plans français. C’est ainsi que l’Angleterre, la Russie et l’Autriche s’allièrent pour défaire les troupes de Bonaparte. Apprenant cela, et sachant parfaitement qu’un débarquement en Angleterre nécessitait une supériorité navale qu’il n’avait pas (même avant Trafalgar), Napoléon quitta Boulogne le 3 septembre 1805 pour rallier la Bavière. Son armée passa le Rhin le 15. Les troupes autrichiennes, dirigées par Mack, sont encerclées a Ulm et se rendent en grande majorité le 20 octobre. Nous y reviendront peut-être dans un autre article.

Napoléon continua son avancée et décida de marcher sur Vienne, qui n’était pas défendue, car les troupes ennemies s’étaient massées sur les hauteurs près d’Olmütz. Leurs positions étaient sûres et leurs lignes de communications très bien établies. Napoléon, avançant en territoire ennemi, voyait les siennes s’amoindrir à vue d’oeil, et des troupes autrichiennes revenant d’Italie étaient en route vers lui. Ces renforts, sans compter le renforcement de l’ennemi jour après jour sur ses positions, firent comprendre à Napoléon qu’il lui fallait une victoire décisive le plus rapidement possible. Impossible d’attaquer les coalisés sur leurs positions. Napoléon usa de ruses pour faire comprendre a l’ennemi qu’il était en difficulté et très affaibli, notamment en proposant un faux armistice ou en abandonnant ostensiblement le plateau de Pratzen.

Le premier décembre 1805, les troupes françaises se positionnent à 10 kilometres de la petite ville d’Austerlitz, devant le plateau de Pratzen.

Ordre de bataille avant le combat:

La bataille d'Austerlitz, 2 décembre 1805

La bataille d’Austerlitz, 2 décembre 1805

J’ai des copies de trois cartes manuscrites datant du lendemain de la bataille, et la carte ci-dessus s’en approche beaucoup. C’est donc a partir de celle-ci que nous allons faire notre étude.

Les troupes françaises:

L’armée comptait environ 73 000 hommes et 140 canons (voir l’article Wikipédia dans les sources pour la disposition exacte, article très précis). Le flanc gauche français est positionné le long de la route de Brünn-Olmütz et son flanc droit sur les lacs a proximité de Telnitz, le tout devant le plateau de Pratzen. Napoléon se sait en infériorité numérique et ne peut attaquer l’ennemi sur ses positions (plateau de Pratzen); il décide donc de livrer une bataille de type défensif. En plus de tous les subterfuges diplomatiques dont il a usé pour tromper l’ennemi, Napoléon feint une faiblesse évidente sur son aile droite, près des lacs. Il espère ainsi une attaque alliée sur son flanc droit. Napoléon prépare son piège.

Les troupes alliées:

L’armée alliée compte 85 000 hommes et 278 canons. Basée sur les hauteurs de Pratzen, elle a l’avantage du terrain, en plus de la supériorité numérique. Mais les subterfuges de l’Empereur ayant fait effet, le plan du commandement allié est de frapper l’aile droite, en passant par le défilé de Sokolnitz et de Kobelnitz, pour contourner l’aile française. De plus, de la fumée et des bruits la nuit du 1er décembre avait persuadé les alliés que Napoléon affaiblissait son centre et sa droite pour renforcer sa gauche. En verité, c’était presque le parfait contraire. Le plan consistait a une attaque en 5 colonnes (et non 4 comme on le lit souvent), commandées dans l’ordre par  Dochtorow (ou Doctorov), Langeron, Przybyszewsky, Kollowrat et le Prince Jean Liechtenstein ( Les cinq avaient le grade de lieutenant général). Les alliés misaient le sort entier de la bataille sur la rapidité de leur attaque sur la gauche française.

 Le déroulement de la bataille:

L’assaut commence à 7h00 par l’envoi de la première colonne sur Telnitz, qui sera défendue grâce à la relève de Davout. Le corps de Kienmayer, dont la mission consistait à couvrir la première colonne, est repoussé par deux fois. Une brèche est percée et le village est à portée de fusil. Après plus d’une heure de combat, la première colonne n’est toujours pas arrivée et les deux tiers des troupes alliées engagées sont tuées ou blessées. Les français défendent avec acharnement ce village, qui était protégé par un retranchement naturel qui l’entourait. Lorsque la première colonne fut en vue, des renforts furent envoyés et le village fut pris. Mais à peine la bataille commençait qu’un retard conséquent avait déjà été accumulé. Le village fut repris par des renforts de Davoust puis abandoné une autre fois après l’attaque de la première colonne au complet. Emportées dans leur élan, les colonnes marchèrent sans aucun arrêt sur Sokolnitz, qui fut pris sans grande peine.

Pendant ce temps, Napoléon, qui avait observé l’attaque ennemie telle qu’il l’avait prévu, dirigea son centre et sa gauche sur la droite et le centre ennemi, dégarnis du fait de la concentration de troupes alliées sur la droite française. Pratzen et ses troupes avaient été laissés sans défense ou presque. Soult, avec les divisions Vandamme et Saint -Hilaire, se dirigea sur Pratzen pendant que Bernadotte frappe plus au nord, avec sur sa gauche la cavalerie du Prince Murat. La surprise est totale. Malgré son infériorité numérique, l’armée française se retrouve au point décisif de la bataille avec presque deux hommes contre un.

Ce centre totalement isolé et la gauche sensée servir de diversion ne font pas le poids face à l’offensive de près de 25 000 hommes sur leurs positions. Cependant les alliés ne se laissèrent pas démonter, et la quatrième colonne commandée par Kollowrat et soutenue par Alexandre Ier de Russie, tint un moment l’attaque française en échec, mais fut finalement repoussée après un combat de deux heures sur les hauteurs de Pratzen. Il y eu une tentative de contournement de l’offensive par la droite (donc sur sa gauche) par le Prince Bagration et le Général Uwarow, mais elle fut stoppée puis repoussée par le Maréchal Lannes. Mais cela a tout de même empêché un débordement des troupes françaises sur le flanc droit allié.

L’un des actes qui marquèrent le plus la tentative de resistance austro-russe est la contre-attaque du feld marechal Koutouzov (un grand merci à Schnuffel pour ces informations), qui est l’un des premiers à realiser l’attaque francaise sur le centre allié. Il avait compris que les hauteurs de Pratzen étaient les positions essentielles à la victoire non seulement pour leur dominance sur le reste du theâtre, mais aussi parcqu’elles seules pouvaient assurer la couverture de la troisième colonne, qui était encore en route vers Telnitz comme prévu, comme si le coup de Napoléon n’avait en rien changé le cours de la bataille. En effet Koutouzov (quatrième colonne), en voyant la defaite iminente des forces alliées, décide de jeter toute sa reserve dans la bataille: 4000 fantassins foncent vers les troupes de Joseph (frère aîné de Napoléon) avec une mauvaise estimation de la distance des sous-officers. Ces troupes arrivent face à l’ennemi essouflées et le combat ne dure que très peu de temps avant que les troupes légères de Joseph ne les defassent. Les fantassins de la garde russe se retirent en désordre et Joseph commet l’erreur de poursuivre les fuyards, pensant pouvoir exploiter cette victoire locale et la rendre décisive. Il en faut plus à Koutousov qui profite du fait que l’ennemi ai rompu sa formation pour lancer la cavalerie lourde (appartenant au corp du Prince Jean Liechtenstein). Les troupes francaises sont prises de court et sans formation, la cavalerie taille les rangs malgré une résistance acharnée. Koutouzov prendra le drapeau du régiment, qui sera d’ailleur le seul pris aux francais et Napoléon sera furieux de cet échec. Cet acte isolé n’est pas représentatif de toute la bataille, mais témoigne de l’acharnement des troupes alliées, et surtout des russes.

Buste Koutouzov, musée de l'artillerie de Saint-Petersbourg

Buste Koutouzov, musée de l’artillerie de Saint-Petersbourg

La retraite alliée ne fut pas massivement poursuivie et exploitée car les français attendaient de connaître le dénouement des combats sur leur gauche. En effet il ne faut pas oublier que les trois premières colonnes alliées lancées à l’assaut de Telnitz et Sokolnitz y sont toujours. La deuxième et la troisième colonne avaient été laissées dans Sokolnitz, car lors de l’assaut de la ville les deux corps se sont croisés, ce qui a provoqué une grande confusion. La troisième se rendra plus tard, et les débris de la deuxième se joindront a la retraite de la première, qui avait manoeuvré vers Aujest. Ils battent en retraite en tout début d’après midi mais à 14h00 Napoléon donne l’ordre de couper leur retraite.

Dochtorow, Langeron et Przybyszewsky se retrouvèrent le dos au mur, poursuivis par les français. Ils perdirent environ 4000 hommes (tués, blessés ou fait prisonniers) ainsi que leurs canons, et de nombreux fuyards se jetèrent dans les lacs gelés et y moururent. Le reste des troupes rallia Hodiegitz, là ou se trouvait le gros des troupes qui avaient battus en retraite depuis Pratzen.

Bilan:

Les pertes alliées s’élèvent à plus de 16 000 tués et blessés, 11 000 prisonniers, 45 couleurs régimentaires et 180 canons pris (fondus pour la colonne Vendôme).

Les pertes françaises ne dépassent pas les 1300 morts, 7000 blessés et 600 prisonniers.

La victoire, dans les chiffres comme dans les faits, est totale.

Le prochain article sera une très brève explication des erreurs et succès de cette grande bataille.

Sources:

http://www.mapacartografico.com/                                                                                                                                                                                                                                     

Napoléon. Richard Holmes (éditions Gründ)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz

La bataille d’Austerlitz,  par un militaire. Général major Stutterheim (édition juillet 1806)

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