Mogadiscio: analyse des faits


Ayant pris connaissance du contexte et d’un bref résumé des opérations du 3 et 4 octobre 1993, nous pouvons nous pencher sur une petite analyse du déroulement de celles-ci.

Le combat en milieu urbain est très difficile à appréhender, surtout si la population est hostile aux troupes déployées, et encore plus lorsque la famine, la propagande et la libre circulation des armes sont monnaie courante. On ne peut pas réellement parler de percée dans un tel cas, on préférera le terme d’infiltration. C’est donc par le biais d’une infiltration héliportée que les troupes chargées de la capture des cibles sont larguées dans la zone à exploiter.

Le convoi pénètre dans le dispositif hostile par de grands axes, mais doit emprunter des routes secondaires pour accéder au bâtiment cible, et pire encore lors du sauvetage du premier crash, car l’itinéraire ne passe que par de minuscules voies endommagées et idéales pour tendre une embuscade aux blindés légers. De plus, les pilotes chargés de la transmission des ordres et du guidage du convoi ont été peu efficaces lorsqu’il a fallu diriger ce dernier vers le site du crash.

Le commandement a pris à la légère le rôle que la population pouvait jouer dans le déroulement de la mission. Le premier signe qui le montre est la stupéfaction des chefs lors du décès du Sergent Dominick Pilla, mitrailleur dans un convoi de trois humvees, qui avait pour objectif d’extraire le soldat Todd Blackburn, qui avait fait une chute de 10 mètres en ratant sa sortie d’hélicoptère. La surprise empire lors du crash de Super 6-1, avec la perte des deux pilotes de l’appareil. L’effet de cette surprise est atténué, non pas grâce à la prévoyance du commandement, mais surtout grâce à une réaction rapide qui trouve son origine dans l’entraînement intensif et répété des forces spéciales américaines. C’est lors du second crash, celui de Super 6-4, que la surprise est totale. Ce qui le montre est le manque de réserves disponibles pour le sauvetage des rescapés.

Deux tireurs d’élites ont pris l’héroïque décision d’être héliporté près du site du second crash, décision qui, et ils le savaient, leur a coûté la vie. Le commandement avait par deux fois refusé ce sauvetage désespéré, avant de délivrer l’ordre de défendre le secteur. Personne ne se faisait d’illusion sur l’issue de ce sauvetage, mais un tel sacrifice a eu sur le moral des autres troupes encerclées un effet non négligeable. Ce genre d’action a dans le passé changé l’issue de bien des batailles.

Une des résolutions prises pour pallier à cette réaction soudaine des forces somaliennes a été l’envoi de blindés lourds pour soutenir et extraire les forces en présence. Mais elle n’interviendra qu’en fin de mission.

Il est important de savoir que la mission Irene était initialement prévue pour durer 30 minutes, et que le commandement n’a pas fourni à Garrison tout les moyens qu’il avait demandé. Il souhaitait un appui aérien avec un gunship, et une escorte blindée (finalement, tout ce qui manquait a cette mission), mais le conseil qui finançait les opérations lui a refusé. De nos jours les moyens ne manquent pas, mais les budgets sont restreints.